Cinéma, Mars 2020

Séance de cinéma mensuelle du Foyer Rural

(réservée aux adhérents du Foyer de Concots ainsi que de tous ceux de la Fédération )

 

Le lundi 2 mars 2020 à 21 heures  

FASTFOOD, FAST WOMEN

Version Française

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Réalisateur : Amos Kollek **** Acteurs : Anna Thomson, Jamis Harris **Type : comédie romantique ** Durée : 1h38

Synopsis : Bella va avoir trente-cinq ans. Serveuse dans un restaurant New-Yorkais, elle est l’âme du lieu, la confidente ou le bouc émissaire, selon l’humeur des clients. Côté cœur, elle traîne depuis des lustres une liaison sans lendemain. Alors, quand sa mère, a des milliers de kilomètres de là, lui propose de rencontrer quelqu’un, Bella tente le coup, sans trop d’illusions. L’homme s’appelle Bruno, il est chauffeur de taxi et écrit des romans que son éditeur refuse de publier. Temps perdu, temps retrouvé, leurs chemins vont se croiser pour un moment, ou plus si affinités.

 

 

« Après Sue perdue dans Manhattan et Fiona, films sombres sur des femmes brisées de New York, Amos Kollek et son actrice-icône Anna Thomson montrent leur face la plus lumineuse avec Fast food fast women, comédie charmante et flâneuse. Même si le cinéaste ne renie rien de son obsession pour les éclopés de la vie urbaine.

C’est avec une franche surprise qu’Anna Thomson, l’actrice fétiche d’Amos Kollek ­ devenue la nôtre par la même occasion ­, nous annonçait en mai dernier que le réalisateur venait de tourner une comédie. Amos Kollek en maître de comédie ? L’auteur de Sue perdue dans Manhattan et Fiona, mais aussi de High stakes (1989), l’histoire d’une strip-teaseuse, et de Bad girls (1994) sur des prostituées, l’âme sœur des filles égarées ou cramées par la dope, avait donc décidé de laisser de côté le mélo déchirant et l’expérience limite de Fiona, pour nous conter fleurette et délasser nos zygomatiques ? Pourquoi ce changement de ton radical ? Et qu’allait donc faire Anna Thomson dans cette galère ? Dubitatifs ou manquant d’imagination, nous attendions de voir.

Au risque de nous répéter, Anna Thomson fait merveille dans Fast food fast women. Dès le premier plan, où elle marche de dos dans une rue, elle existe. Son corps et sa blondeur irréels, ses mouvements heurtés de poupée mécanique semblent avoir le pouvoir d’incarner aussi bien une pute junkie des bas-fonds new-yorkais qu’une Cendrillon de conte de fées. Il s’agit bien ici de conte de fées, puisque tous les ingrédients y sont, jusqu’au happy-end final dans une arche de Noé improvisée, où cohabitent zèbres, chameaux et bouquetins. Mais avant d’en arriver là, il faudra bien des déviations, des allers-retours, des manquements et des mensonges.

Le sous-titre du film pourrait être « Du même et de la différence », car si Amos Kollek a troqué le drame contre la comédie, il ne fait que changer d’habit. Le sujet et les obsessions restent les mêmes, celles-ci sont juste pudiquement enfouies sous la surface des situations, et sous la peau des personnages. Il est d’ailleurs étrange de percevoir au sein des plans les lieux et visages fantômes de ses précédents films, de détecter les spectres de ses anciennes figures ­ toujours à la limite de la vie et de la mort ­ qui viennent hanter discrètement les protagonistes bien vivants de ce film-là. C’est comme si Kollek nous maintenait résolument du côté des spectateurs, nous interdisait l’envers du décor. On ne passe pas derrière le miroir comme dans Sue et plus violemment encore comme dans Fiona : ici, les intimités ne sont pas forcées, l’accès à la face sombre de ces existences n’est pas de mise. Kollek s’offre une petite halte en tentant un autre genre, il investit la comédie en voguant d’un personnage à l’autre, picorant et piochant un peu de vie çà et là. Il navigue sur des airs de jazz et semble revisiter ses territoires habituels sans brutalité ni crudité, avec seulement la ferme intention de la légèreté et le pari que représente la réussite d’une comédie. « Extrait de la critique des Inrockuptibles par Sophie Bonnet 11/1999.